Handball – Les Red Girls, de la peur à la folie

Trois mois. Trois longs mois sans match de championnat aux Tertiales. Autant dire que le retour à la maison était attendu pour les Red Girls du Valenciennes Handball. Mais pour leurs retrouvailles avec leur public, les Valenciennoises ont offert un scénario totalement renversant face au Handball Biache Vallée de la Scarpe.
Opposées à une formation biachoise solide et ambitieuse (5e – 32 points), les joueuses de Syran BEN SEDDIK reprenaient le championnat après plusieurs semaines intenses marquées par leur aventure en Coupe de France. Leaders de Nationale 3 avec 40 points avant la rencontre, elles avaient l’occasion de conforter leur statut. Mais pendant près d’une mi-temps, les Valenciennoises ont semblé complètement passer à côté de leur rendez-vous.
Une première période où tout tourne à l’envers
Dès les premières minutes, quelque chose ne tourne pas rond. Le rythme est étrange, les enchaînements manquent de fluidité et les Red Girls semblent entrer très lentement dans la rencontre. Défensivement, les intentions sont correctes, mais les dernières secondes de possession biachoise manquent de concentration. Offensivement, en revanche, la réussite fuit totalement les Valenciennoises.
Le début de match est brutal : 1 but sur les 9 premières tentatives, dont six échecs à six mètres dans des situations franches et un penalty manqué. Après dix minutes de jeu, Biache mène logiquement 5 à 1. Quelques éclairs de Giuliana PALMAS et Jeanne QUAREZ, concluant deux montées de balle rapides, redonnent un peu d’espoir. Mais deux nouvelles occasions manquées à six mètres freinent immédiatement ce début de réaction. À la 14e minute, le coach valenciennois pose son premier temps mort alors que le score affiche 3 à 8.
L’entrée de Manouchka AGOUTI apporte un peu d’efficacité offensive. L’arrière valenciennoise inscrit deux buts consécutifs à longue distance et redonne de l’allant à l’attaque locale. Mais défensivement, les détails continuent de coûter cher : un duel perdu, une aide trop tardive, une montée de balle mal contrôlée… et Biache sanctionne. Les Valenciennoises semblent courir après la réussite sans jamais la trouver. L’écart grimpe jusqu’à 7 à 14 à la 25e minute.
Dans les dernières minutes de la première période, un léger sursaut permet de limiter l’écart avec un 4-2 infligé aux visiteuses. Les Red Girls regagnent finalement les vestiaires menées 11 à 16, une situation totalement inédite cette saison en championnat.
Les chiffres de cette première mi-temps illustrent parfaitement le scénario :
- Valenciennes : 11 buts sur 29 tirs (37 % de réussite)
- Biache : 16 buts sur 22 tirs (73 % d’efficacité)
Dans les cages, la gardienne biachoise Julia HOGIE réalise une belle première période avec 39 % d’arrêts, tandis que le duo valenciennois Léa HAYE– Samia KETCHEMEN ne pointe qu’à 15 %.
Tout semble alors sourire aux visiteuses.
Le discours des vestiaires : rester calme
Dans les vestiaires, pourtant, le staff valenciennois refuse toute forme de panique. « C’était particulier », explique Syran BEN SEDDIK après la rencontre : « C’est la première fois de la saison en championnat que l’on rentre à la mi-temps menés, et avec cinq buts de retard. » Mais le technicien valenciennois s’appuie sur une expérience récente. « On avait vécu la même chose en Coupe de France contre Finances où l’on était menés de quatre buts à la pause. Cette expérience nous a servi. »
L’analyse reste pragmatique : il n’y a pas besoin de bouleverser le plan de jeu : « On devait simplement rester concentrés plus longtemps en défense, libérer plus rapidement les ballons en attaque et pousser davantage sur les jambes pour battre la gardienne sur nos impacts de tirs. »
Des ajustements simples… mais essentiels, le véritable défi était ailleurs : remobiliser mentalement le groupe sans créer de panique.

Une seconde période d’une intensité incroyable
Ce qui va suivre restera probablement comme l’une des séquences les plus marquantes de la saison des Red Girls.
Dès la reprise, l’attitude change radicalement. L’intensité défensive monte immédiatement d’un cran, les duels sont remportés, les replis sont rapides et les bons choix se multiplient. Résultat : 3-0 dès l’entame de la seconde période. En quelques minutes, Valenciennes revient à deux longueurs. Et à cet instant, la dynamique psychologique bascule complètement. Les Biachoises commencent à douter, leurs attaques deviennent plus hésitantes, et les Red Girls sentent l’opportunité.
En dix minutes, elles infligent un 7-2 à leurs adversaires. À la 40e minute, le score est déjà revenu à 18-18. Le match vient de changer de dimension, car quand les Valenciennoises sentent le doute dans les rangs adverses, elles accélèrent encore. À force de pression défensive et de montées de balle rapides, elles prennent l’avantage 24-23 un peu plus de dix minutes plus tard. À la 55e minute, les locales mènent 29 à 25, concluant un impressionnant 22-11 infligé entre la 25e et la 55e minute.
La fin de rencontre est ensuite parfaitement gérée pour une victoire finale 31 à 28.
Le contraste statistique entre les deux périodes est saisissant :
- Première mi-temps : 37 % d’efficacité
- Seconde mi-temps : 20 buts sur 28 tirs, soit 72 % de réussite

Des performances individuelles décisives
Plusieurs joueuses ont été déterminantes dans cette remontée spectaculaire…
Emma PORTALIER, pilier du secteur défensif, s’est également illustrée offensivement avec 8 buts sur 12 tirs, dont 6 sur 7 en seconde période.
La jeune demi-centre Jeanne QUAREZ a livré une prestation pleine de maturité avec 9 buts sur 13 tirs, dont 5 sur 6 aux penaltys, preuve d’un sang-froid dans les moments clés.
Giuliana PALMAS, véritable déclencheur du jeu valenciennois, termine avec 5 buts sur 7 tirs (71 %) et 8 passes décisives, dynamisant constamment le jeu et créant de nombreuses situations pour ses partenaires.
Dans l’ombre mais essentielle, Sacha HAYE a livré une prestation défensive remarquable au poste 2 avec un seul duel perdu sur toute la rencontre.
Une réaction mentale qui en dit long
Au coup de sifflet final, Syran BEN SEDDIK retenait avant tout la réaction collective de son groupe : « Elles ont montré une capacité de réaction mentale très impressionnante. Une vraie force collective s’est dégagée dans cette seconde période. »
Mais l’entraîneur valenciennois reste lucide : « On ne peut pas se permettre ce genre de première mi-temps. Cette fois ça passe, mais cela doit nous servir de leçon. »
Il explique également les raisons de cette entame ratée : « Après la Coupe de France, on a relâché. On avait beaucoup tiré sur les organismes, les filles avaient besoin de souffler. Mais quand ton succès repose sur le travail et l’effort, ça se voit immédiatement quand tu relâches un peu. »
Le message du coach valenciennois est d’ailleurs très clair : « Le repos est terminé. On repart au travail dès lundi soir. »
Une course au titre toujours sous haute tension
Grâce à cette victoire renversante, les Red Girls confortent leur place de leaders :
- Valenciennes – 43 points
- Marcq – 41 points
- Tourcoing – 38 points
- Abbeville – 35 points
Les quatre prochaines journées pourraient être déterminantes avant le sprint final, les Valenciennoises se déplaceront ce samedi à Wattrelos (12e – 16 pts), avant de recevoir Mons-en-Barœul (7e – 29pts), puis d’aller à Laon (10e – 22pts) et d’accueillir Caudry (8e – 27pts).
Un calendrier qui pourrait sembler favorable, mais Syran BEN SEDDIK préfère rester vigilant : « On va jouer des équipes en mission maintien. Elles vont tout donner pour rester en Nationale 3 et tenter de nous faire déjouer. » Pendant ce temps, d’autres confrontations directes pourraient redistribuer les cartes, notamment le choc Marcq – Tourcoing lors de la 18e journée.
Mais du côté valenciennois, la ligne de conduite reste claire : rester concentrées sur leur propre chemin.
Après une soirée passée de la peur à la folie, les Red Girls ont prouvé une nouvelle fois une chose : elles savent souffrir, réagir et gagner ensemble. Et dans une course à la montée en Nationale 2 qui s’annonce longue et intense, ce type de victoire pourrait bien compter énormément.



