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Valenciennes – 1018ème Tour du Saint-Cordon, ce dimanche 13 septembre

Dimanche 13 septembre 2026, Valenciennes accomplira son 1018e Tour du Saint-Cordon. Inscrite depuis 2023 à l’Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France, cette procession autour des anciennes limites de la ville compte parmi les plus anciennes pratiques collectives d’Europe encore en activité. Retour sur une tradition que les Valenciennois se transmettent depuis plus de dix siècles.

Mille ans à suivre la même ligne

Tout commence en 1008, du moins selon les chroniqueurs valenciennois qui, à partir du XVIe siècle, ont mis par écrit une tradition orale bien plus ancienne. Frappée par une épidémie, la ville aurait été entourée d’un cordon écarlate, et ses échevins auraient promis d’en refaire le tracé chaque année. Légende ou non, la suite relève de l’archive : un règlement datant du comte Guillaume le Bon, au début du XIVe siècle, mentionne déjà le chemin de la procession, qui existait vraisemblablement vers 1250.

Le principe, lui, n’a pas bougé. Les remparts ont cédé la place aux boulevards, les faubourgs se sont urbanisés, mais le cortège continue de faire le tour de la ville, au sens propre. Les historiens parlent de procession circulaire, une forme bien connue de l’autre côté de la frontière, à Soignies, Nivelles ou Renaix. La particularité valenciennoise tient à l’association de ce parcours en boucle et du fameux cordon, fil conducteur du récit fondateur.

Une reconnaissance nationale depuis mars 2023

Le 16 mars 2023, le Tour du Saint-Cordon est entré à l’Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France, dans le domaine des pratiques sociales, rituels et événements festifs. Ce label ne distingue ni un bâtiment ni une œuvre, mais une pratique : des gestes, des rôles, un calendrier et un parcours que la population fait vivre et transmet. Le logo qui figure sur l’affiche 2026 le résume en trois verbes : connaître, pratiquer, transmettre.

La fiche d’inventaire rédigée pour la candidature insiste sur un point : ceux qui marchent ne sont pas spectateurs, ils sont l’événement. Toutes les générations et tous les milieux se croisent sur le parcours. Le document rapproche même le Tour du football, autre passion locale, comme l’un des derniers lieux où la mixité sociale se vit concrètement à Valenciennes. Au printemps 2022, la candidature avait recueilli plus de 2 200 signatures en ligne en un mois, sans compter plusieurs centaines de bulletins papier.

Les Royés, garants du bon déroulement

Impossible d’évoquer le Tour sans parler de la confrérie des Royés. Attestée depuis le XIVe siècle et recréée après la Révolution, elle organise et encadre le cortège du départ à l’arrivée, avec le concours de la municipalité et du clergé pour la messe d’envoi du dimanche matin. Notons également la participation de bénévoles, des services municipaux, et de la police, pour la sécurisation du Tour.

Ses membres actifs se reconnaissent à leur brassard bleu rayé de blanc, à leur cravate jaune et grise, à leur insigne sur le revers de leur veste, et au bâton garni de buis qu’ils confectionnent eux-mêmes la veille, et dont ils offrent des brins aux habitants qui en demandent au passage. Longtemps réservée à un cercle de notables nés dans la ville, la confrérie s’est depuis élargie.

Leur rôle relève autant du savoir-faire que de la tradition. L’ensemble, brancard, socle et statue, pèse 120 kilos. Les porteurs, hommes et femmes, se relaient par trois à l’avant et à l’arrière, et les Royés veillent à ce qu’ils soient de taille comparable pour garder l’équilibre. Les passages délicats, comme le petit pont qui enjambe le vieil Escaut, les entrées et sorties d’églises, leur reviennent. Porter la statue, même sur quelques centaines de mètres, est vécu comme un honneur.

Un vœu civique que la mairie n’a jamais abandonné

Le Tour du Saint-Cordon n’a jamais appartenu à un seul groupe. À l’origine, c’est le magistrat de la ville qui s’engage au nom de la population. Mille ans plus tard, l’usage tient toujours : au départ de la procession, ce sont le maire et les élus du conseil municipal qui portent la statue.

Depuis 1945, toutes les municipalités, quelle que soit leur couleur politique, ont respecté cette règle. Au Moyen Âge et à la Renaissance, les comptes de la cité s’arrêtaient d’ailleurs à la veille du Tour, qui faisait office de nouvel an civil.

Cette longévité ne s’est pas faite sans heurts. En 1906, le préfet interdit la procession par crainte d’une contre-manifestation. En 1925 et 1926, c’est la municipalité elle-même qui l’interdit, avant que le Conseil d’État n’annule sa décision. Entre-temps, l’association des commerçants de Valenciennes avait publié une lettre ouverte au maire pour réclamer son rétablissement, au nom du chiffre d’affaires de la ville. Sous l’occupation, pendant les deux guerres mondiales, les habitants ont continué à faire le Tour. Plus récemment, les menaces terroristes après 2016 puis la pandémie ont imposé d’autres adaptations, sans jamais interrompre la procession dans, et autour de Valenciennes.

Des métiers d’art sur le parcours

Le cortège met aussi en mouvement un patrimoine artisanal que l’on voit rarement de près. La statue, en bois peint et doré, mesure 1,25 mètre. Sculptée entre 1804 et 1806 pour remplacer la châsse disparue pendant la Révolution, elle est attribuée Pierre-Joseph Gillet, la décoration revenant à Pierre Macarez, élève de Louis Watteau.

Son voile de tulle est bordé de dentelle de Valenciennes, savoir-faire qui a longtemps fait la réputation de la ville. Son manteau d’apparat, offert en 1997, (pour le centenaire du couronnement) a été tissé à Beauvais par la licière Anne Beaufils, sur un métier de haute lisse du type de ceux des Gobelins, d’après une création de Christian Corio. Soie, laine, fils d’or et d’argent composent la pièce.

À la fin du Petit Tour, vers 11h30, la statue quitte cette tenue de cérémonie pour un manteau plus sobre, dit de campagne, mieux adapté aux kilomètres du Grand Tour. Elle reprend ses atours pour le retour en ville.

La musique fait partie du décor depuis longtemps. La fanfare d’Haspres a ouvert la marche pendant soixante-dix ans, de 1948 à 2018. Depuis 2021, l’harmonie de Beuvrages a pris le relais et accompagnera cette année encore le Petit Tour en ville.

« Faire le Tour du Saint-Cordon », une expression du Valenciennois

La tradition a même laissé sa trace dans la langue. Dans le Valenciennois, faire le Tour du Saint-Cordon, c’est faire un détour interminable pour rejoindre un endroit tout proche. Qui n’a jamais entendu, au guichet d’une administration, un « j’vas quand même pas faire le Tour du Saint-Cordon ! » ? L’expression reste à peu près inconnue au-delà des limites de l’agglomération, preuve de son ancrage local.

La ville elle-même porte la marque du Tour. La rue du Saint-Cordon, et la rue des Royés rappellent l’histoire, et les navettes gratuites qui desservent le centre ont été baptisées « Le Cordon ». Chaque mois de septembre, les rues se pavoisent de petits drapeaux bleus et blancs, et de nombreux riverains décorent leurs fenêtres au passage du cortège. Pour beaucoup de familles, le Tour marque la vraie rentrée, celle où l’on retrouve des visages croisés une fois par an. D’anciens Valenciennois reviennent exprès pour l’occasion, et plus d’un nouvel arrivant affirme s’être senti Valenciennois après son premier Tour.

Le programme du dimanche 13 septembre

La journée s’ouvre à 8h45 par une cérémonie en plein air sur la place du Musée. À 10h, le Petit Tour en ville emprunte une boucle d’environ deux kilomètres dans les rues de Valenciennes, dans l’ancien périmètre des remparts, au son de l’harmonie de Beuvrages. C’est la portion la plus fréquentée et la plus accessible aux familles.

À 11h30, le Grand Tour s’élance pour 14 kilomètres à travers les quartiers et les faubourgs, avec une halte pique-nique prévue à 12h30 à la salle des Tertiales. Rien n’oblige à faire la boucle entière : beaucoup rejoignent le cortège pour quelques kilomètres ou l’attendent devant chez eux, à l’un des nombreux arrêts du parcours. À 17h, tous les marcheurs se regroupent place du Canada pour le retour en ville, jusqu’à l’église Saint-Géry, qui accueille la statue depuis la fermeture de la basilique en 2007.

Ce dimanche constitue le temps fort d’une série de rendez-vous organisés du 11 au 20 septembre. Des restrictions de circulation et de stationnement s’appliqueront dans plusieurs secteurs du centre-ville pendant tout le week-end, avec un dispositif de sécurité renforcé : mieux vaut anticiper ses déplacements. Le programme détaillé est disponible sur notredamedusaintcordon.fr et sur le site de la Ville de Valenciennes.

Tour du Saint-Cordon, dimanche 13 septembre 2026, Valenciennes. Petit Tour en ville à 10h, départ du Grand Tour à 11h30, retour en ville à 17h depuis la place du Canada. Accès libre.

Florian Bigotte

Responsable de Scaldis.fr

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